A l’aube de l’âge des nomades numériques

Nomadisme numérique, menace ou opportunité?

Pour la première fois au monde, un pays créé un visa spécial pour les travailleurs digitaux qui souhaitent vivre dans un pays tout en étant employé ailleurs.

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En 2015, Pieter Levels (jeune programmeur, designer et entrepreneur en série néerlandais) avait prédit qu’il y aurait un milliard de nomades numériques (ou nomades digitaux) à travers le monde d’ici à 2035. Autant je voulais vraiment croire en cette prédiction audacieuse à l’époque, autant il m’était impossible de le faire: Bien sur, le monde travail était en pleine mutation, mais nous étions bien loin d’une masse critique quelconque. Maintenant, en pleine pandémie mondiale, le compte est presque bon. Des millions d’employé(e)s et leurs patrons ont découvert du jour au lendemain qu’il était tout à fait possible de travailler à distance.

Quand les frontières seront de nouveau ouvertes, je pense que nous serons témoins d’une prise de conscience à grande échelle et de la réalisation de ces rêves de travail à distance, et ce de n’importe où à travers le monde. Les pays qui sauront donc attirer ces travailleurs hautement qualifiés bénéficieront de l’impact économique positif et cumulatif de leurs connaissances et de leur pouvoir d’achat. Les pays les plus intelligents pourraient même laisser les nomades numériques payer des impôts en échange d’une couverture sociale et/ou médicale. C’est clairement gagnant-gagnant pour les deux partis.

Cependant, un problème demeure, et non des moindre: alors même que les personnes et les entreprises sont prêtes à s’engager dans cette nouvelle ère du travail à distance et d’employés itinérants, la réglementation n’est pas en place, loin s’en faut.

Hors-la-loi numériques

Il n’existe aucun moyen légitime de travailler en tant que nomade numérique. La façon la plus courante de travailler légalement dans un pays est d’avoir un employeur local. Bien sûr, il y a toujours l’option tragiquement obsolète d’épouser avec un(e) citoyen(ne) du pays de l’employeur, mais se marier dans un nouveau pays tous les quelques mois peut s’avérer onéreux, éprouvant et difficile à intégrer dans un profil Tinder.

En un mot, le cadre légal dans la majorité des pays ne reconnaît pas les nomades numériques comme population distincte ni comme source légitime de main-d’œuvre.

C’est pourquoi à ce jour les nomades numériques ont principalement travaillé et voyagé avec des visas touristiques – ce qui n’est pas, à strictement parler, autorisé.

Bien qu’un solopreneur indépendant puisse prendre le risque de travailler avec un visa de touriste et espérer ne pas se faire prendre, les entreprises dont les employés travaillent ailleurs en tant que nomades numériques sont dans une impasse. Au sein de mon entreprise, Jobbatical, nous avons récemment eu un client inquiet du fait que son employé non européen prévoyait de voyager en Espagne pour des vacances puis d’y rester avec sa famille tout en travaillant à distance pendant quelques mois. Les RH essayaient de trouver un moyen légal pour l’entreprise de permettre cela, mais la réalité est qu’aujourd’hui il n’y en a pas. L’employé ne peut que faire semblant de continuer à être en vacances tout en travaillant. Pourquoi la seule option réalisable met-elle en péril tant l’entreprise que l’employé?

Mesdames et messieurs, le Visa Nomade Numérique

L’absurdité frustrante d’innombrables situations telle que celle décrite précédemment a mené à ce qui est, à ma connaissance, le premier visa au monde pour nomade numérique.

La première réunion entre des représentants du gouvernement estonien et de la communauté mondiale des nomades numériques a eu lieu dans nos bureaux il y a deux ans. Avec les leaders de cette communauté, nous avons plaidé pour un nouveau type de visa. Nous avions auparavant demandé à plus d’un millier de nomades numériques en herbe et confirmés ce à quoi pourrait et devrait ressembler un visa pour nomade numérique. Plutôt que de voir représentants de l’État préparer un projet de loi sur un sujet dont ils ne connaissaient rien, le projet de loi sur les visas numériques estoniens a été rédigé en étroite collaboration avec la communauté mondiale des nomades numériques.

Approuvé par le Parlement estonien le 3 juin dernier, ce visa permettra aux travailleurs du savoir indépendants (ou travailleurs de la connaissance) de vivre en Estonie pendant un an tout en travaillant pour des employeurs ou des clients à l’extérieur du pays, inaugurant une nouvelle ère de travail – celle où les travailleurs du savoir ne sont pas liés à un bureau ou même à un continent.

Les fondateurs de startups se réfugient au paradis numérique de l’Estonie

Sifted [sifted.eu, qui a publié l’original de cet article] a mené des entretiens approfondis avec quelques-unes des 56 000 personnes qui ont fait une demande de résidence électronique en Estonie, et découvrent pourquoi elles l’aiment.

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Certains pays, comme le Portugal avec son visa pour travailleur indépendant, ou la Thaïlande avec son visa intelligent, ont fait leurs premiers pas dans cette même direction. Mais tous les nomades numériques ne sont pas des travailleurs indépendants, et tous les experts en science et technologie ne gagnent pas 5 600 € par mois, comme l’exige le régime thaïlandais de visa intelligent. Il existe encore, dans l’écrasante majorité des pays, un écart béant entre le cadre réglementaire et la réalité de l’emploi. C’est pourquoi ce vote du parlement estonien a été historique: il a explicitement reconnu un nouveau type de travailleur moderne, le nomade numérique.

Mais pourquoi est-ce si important?

Séduire ces nomades

Lorsque nous avons interrogé ces 1 200 nomades numériques il y a deux ans, 87% d’entre eux ont déclaré qu’un processus de visa plus simple aurait un impact sérieux sur leur choix de destination. C’est donc le visa qui devrait être au cœur de tout effort visant à attirer des compétences, des individus qualifiés. Cette main-d’œuvre aussi mobile que hautement qualifiée est prête à saisir l’opportunité de s’installer dans votre pays, et donc à stimuler l’économie grâce à leur pouvoir d’achat mais aussi à leurs compétences de pointes. Les premiers pays à leur donner une chance seront ceux qui récolteront le plus de fruits.

Les recherches de MBO Partners ont révélé qu’il y avait 7,3 millions de nomades numériques rien q’aux États-Unis en 2019. Et c’était avant que le confinement mondial ne prouve à des millions de personnes qu’elles pouvaient travailler à distance. Ces millions, pour la plupart des gens hautement qualifiés, peuvent choisir où ils mangent, dorment, voyagent – où ils dépensent leur argent et partagent leurs compétences. Et comme notre enquête l’a montré, neuf sur 10 d’entre eux pourraient choisir votre pays si une une politique dédiée de visa leur était proposée. Imaginez le flux de capitaux, de connaissance et de compétences que vous pourriez attirer. Qui plus est, imaginez toutes les idées révolutionnaires qui ne seront pas nées, ou seront nées ailleurs, toutes les opportunités qui seraient manquées parce que la politique d’immigration obsolète écarte ces cerveaux exceptionnels de votre écosystème local.

Parce qu’il n’y a pas de précédent pour cela, la portée et l’impact éventuels d’un tel visa sont difficiles à prévoir avec une grande précision. Cependant, l’Estonie, un pays de 1,3 million d’habitants, prévoit qu’environ 1 800 nomades numériques feront la demande pour le nouveau visa chaque année. Ensemble, ces nomades apporteront des dizaines de millions d’euros à l’économie du pays. Qui plus est, l’impact se fera fortement sentir sur la scène locale des technologies et des startups, où le partage des connaissances et la génération d’idées des nomades devraient avoir un effet positif significatif et cumulatif dans le temps.

Et si ce simple coup de modernisation de la politique d’immigration était le chaînon manquant entre la situation actuelle de votre pays et la réalisation de son potentiel?

Karoli Hindriks est directrice générale et cofondatrice de la société de relocalisation de compétences Jobbatical.

source en anglais, traduite par fulbridge.com

en savoir plus sur le nomadisme numérique et les travailleurs du savoir

fulbridge.com

Nomadisme numérique et télétravail: Menaces ou opportunités

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